l’Empire Rollerdrome : Lieu de naissance du roller Disco

Lieu de naissance du roller Disco. Petit bébé dessiné au trait noir qui sort sur une bottine de danse (roller quad)

Connaissez-vous le cri d’un skating-rink ? C’est un rugissement étouffé de 1000 roues de plastique dur caressant un parquet en bois poli.

Pendant longtemps, ce grondement singulier a raisonné dans tous les Etats-Unis, particulièrement dans la ville de Brooklyn à New York.

Voici l’histoire de la patinoire la plus mythique du monde : L’Empire Rollerdrome de Brooklyn… lieu de naissance du Roller Disco.

L’histoire du quad et des skating-rinks

Mais commençons par un petit rappel de l’histoire du roller quad moderne. Pour un historique complet, rendez-vous au bas de la page d’accueil du site, chapitre Histoire du Quad.

1863, création du roller quad moderne par Plimpton (à New-York), le patin se popularise. Vingt ans plus tard, les roulements à billes, puis les roues en plastique viennent apporter la touche technologique ultime au roller quad. Plus qu’un simple passe-temps, le quad est une distraction féérique doublée d’un héritage technologique.

1898, les productions de roller quad explosent aux Etats-Unis et en Europe. Les skating-rinks fleurissent. Pendant la fin du XIXe de nouveaux modèles (inspirés des roues de vélo) sont inventés pour pratiquer le patinage outdoor. S’ensuit alors un essoufflement… provisoire !

1907, le patinage indoor revient en force aux Etats-Unis, puis en Europe. Les gens veulent faire du sport. La pratique du roller évolue (pendant et après la période WW1) des disciplines nouvelles apparaissent (Roller Derby, rink hockey, etc.)

1941 : Ouverture de l’Empire Rollerdrome

1941, à Brooklyn (New-York), l’Empire Rollerdrome ouvre ses portes. Ce skating-rink est situé dans le quartier résidentiel de Prospect Leffert Gardens sur Empire Boulevard (aussi connu sous le nom de quartier Flatbush). Fait notable : La rue d’en face habrite le stade de baseball, Ebbets Field, mondialement reconnu.

A l’époque, l’Empire Rollerdrome n’est qu’un grand garage d’un étage utilisé pour le stationnement. L’entreprise appartient à la famille Swanson, qui, fortuitement, possède en plus une entreprise de revêtements de sol (ce détail n’est pas anodin).

Les Swanson (grâce à leurs compétences et des procédés à la pointe de la technologie) transforment le garage en patinoire : ils garnissent les murs de lambris et recouvrent le sol d’érable poli.

Ainsi, leurs premières publicités présentent l’Empire comme « la maison de l’érable miracle ».

Empire Rollerdrome (carte postale)
Carte postale de l’Empire Rollerdrome. « La maison de l’érable miraculeux ».

Mais les aménagements ne s’arrêtent pas là : des salles de bains sont installées ainsi qu’un coin salon et une zone de location de patins. Le reste (la plus grande superficie) est clôturée et réservée pour le patinage. Pour finir, la famille achète le système de haut-parleurs de l’Exposition universelle de 1939 pour l’installer dans le rink. Ready to roll, baby!

Le roller, d’abord simple amusement, devient synonyme d’habileté. Pour les plus talentueux, faire le tour du rink sans tomber sur les fesses ne suffit plus. Il faut rouler avec style, faire preuve de virtuosité et de technique. Le patinage sur roulettes s’inspire alors de la danse sur glace. Les figures gagnent en sophistication en solo comme en couple.

Les premières patinoires possèdent des orgues électriques (souvent récupérées dans les églises). Leurs organistes connaissaient tout aussi bien les airs populaires que classiques. A l’instar des instrumentalistes d’Ebbets Field (le stade d’en face), ces musiciens pétris de talent pouvaient jouer de n’importe quoi, du boogie-woogie au Sinatra, en passant par les valses et les polkas. Il y avait de tout, pour tout le monde.

1950, l’Empire Rollerdrome intègre un dispositif de 28 patinoires à l’échelle de la ville. Les gens qui fréquentent l’Empire peuvent alors (en plus de pratiquer le patinage récréatif) prendre des cours et participer à des compéttions. Ces compétitions inter-arrondissements fidélisent et génèrent de nouveaux clients.

1956, deux frères dirigent la patinoire : Henry et Hector Abrami. Ils introduisent d’autres sports : boxe, mini golf et bowling, mais la patinoire règne toujours en roi.
1957, Empire accueille le premier championnat ouvert de patinage à roulettes de l’État de New York.

Regain de popularité de L’Empire, Bill Butler est dans la place

1960, le roller dance gagne encore en popularité. L’Empire se fait connaître pour son style, sa signature technique constituée de moves tels que le « Brooklyn Bounce« , alias le « Wobbly Duck« . L’un des patineurs les plus célèbres du pays, Bill Butler (le grand-père du roller disco), élit domicile dans l’Empire. M. Buttler patine quotidiennement et donne des cours. Les gens viennent de partout pour recevoir son enseignement et observer ses mouvements. Bill Butler est le précurseur du plus grand engouement pour le patinage à roulettes – le roller disco.

Nouveau nom : Empire Roller Disco

Empire Roller Disco

1970, l’Empire Rollerdrome est rebaptisé « Empire Roller Disco ». Il est l’une des premières patinoires à populariser cet engouement pour la nouvelle musique et à l’appliquer au patinage. Empire est aussi la première patinoire à remplacer l’organiste par un DJ live. Pendant plus de 15 ans, le célèbre DJ « Big Bob » Clayton a animé les soirées disco.

1980, l’Empire se munit d’un nouveau système stéréo ultramoderne de 20 000 watts, largement considéré comme le meilleur système audio de toutes les patinoires du pays. Un énorme système d’éclairage disco a également été installé.

L’Empire est au cœur de l’engouement roller disco. La clientèle évolue : Les vieux couples valsant à roulettes laissent place aux jeunes enfants noirs, latinos et caribéens dansant sur le dance floor. L’Empire attire l’attention des professionnels de la musique et du divertissement. Des scènes de films ainsi que des clips y sont tournés. Cher a tellement apprécié la patinoire qu’elle y organise des fêtes. Elle prend même des leçons de patinage avec Bill Butler. Cher a beaucoup contribué au look californien de la patinoire. En effet, c’est d’elle que proviennent les emblématiques palmiers californiens en plastique.

Cette discothèque à roulettes est populaire auprès de tous. L’Empire est d’ailleurs réputé pour être un lieu de naissance des stars. Il est aussi possible de se faire renverser si l’on ne fait pas attention. L’endroit est principalement fréquenté par une clientèle afro-américaine à la fin des années 80.
Les patineurs les plus flamboyants sont, pour la plupart, homosexuels et noirs.

La patinoire de L’empire est surveillée par des vigiles experts en patinage. Ces derniers aident les débutants et dissuadent les frimeurs et autres « kikoo » ne témoignant aucun respect pour autrui. Ces vigiles patineurs aident aussi les personnes qui tombent à se relever ou sortir de la piste.
La patinoire est animée par moult activités pendant les périodes de patinage : sessions adultes, enfants entrecoupées de patinage général. Sans compter les nombreuses compétitions et exhibitions encore proposées. Bref, la patinoire est l’endroit le plus cool de la ville.
Malheureusement, un élément est venu tout gâcher.

Années 90 : Escalade de violence à New-York

1990, ces années sont sujettes à une violence urbaine exacerbée. Les guerres de drogue et de territoire rendent les salles de danse et les clubs dangereux dans les communautés noires, latinos et caribéennes. Cette violence se propage dans les patinoires qui ferment les unes après les autres.

1998, la patinoire ferme pendant deux ans, en partie à cause de la maladie de Gloria McCarthy. Gloria est la fille d’Henry Abrami et la propriétaire de la patinoire.

2000, la patinoire ouvre avec un nouveau propriétaire, United Skates of America. Ces derniers annoncent que la patinoire redevient un endroit familial.

2007 : La chute d’un Empire

2007, Empire est l’une des dernières grandes patinoires à roulettes de la ville. Cette année-là, en janvier, quatre personnes se font tirer dessus. Cette fois, la goutte d’eau fait déborder le vase. La décision est irrévocable, Empire doit fermer ses portes. Les autres patinoires de New-York, le Skate Key (Bronx) et le Roxy (Manhattan) ferment également pour de bon.

Pendant un mois, l’Empire est restée la dernière patinoire De New York. Et puis, en fin de session , un soir d’avril 2007, DJ Big Bob éteint la stéréo… définitivement.

Aujourd’hui, l’Empire Roller Disco n’est plus, il a été démoli. Un magasin Stop and Store a pris sa place. Mais qui sait, ce magasin, parmi les jouets en plastique qu’il accumule, abrite peut-être quelques paires de patins à roulettes ?

Beaucoup de patineurs parlent encore de l’Empire. Mais si le lion est mort, son rugissement étouffé hante sempiternellement les esprits.

Article publié le 17/06/2021

Et voici en bonus une petite pépite introuvable. Un documentaire en anglais sur l’ascension et le déclin de l’Empire Rollerdrome :

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